Un réflexe énigmatique permis à Thomas de bloquer le bras de Aude.
Le couteau tinta sur le carrelage de fausses tomettes.
Assourdissant.
Aude, comme un vieux chiffon, s’écroula. Thomas la rattrapa comme il pu.La suite fut un long monologue de Thomas.
Expliquant, argumentant.
Leurs disputes.
Le hasard.
Promesses...
« Je serais toujours là, quand tu en aura besoin »Mots vides de sens, il n’en croyait rien.Aude, murée dans son silence, leva les yeux. Thomas y lu la haine, le mépris, le rejet.
Il ne pouvait plus faire face.
Incapable de soutenir son regard, il balbutia quelques gromelots.Se détournant brusquement, il sorti.
Un bris de vitre le fit se retourner.
Aude venait de jeter son ordinateur portable par la fenêtre. Bientôt suivi par ses vêtements et autres affaires.Que sais-tu des plus simple choses
Les jours sont des soleils grimés
De quoi la nuit rêvent les roses
Tous les feux s’en vont en fumée
Que sait-tu du malheur d’aimerJe t’ai cherchée au bout des chambres
Où la lampe était allumée
Nos pas n’y sonnaient pas ensemble
Ni nos bras sur nous refermés
Que sais-tu du malheur d’aimerJe t’ai cherchée à la fenêtre
Les parcs en vain sont parfumés
Où peut-tu où peut-tu bien être
A quoi bon vivre au mois de mai
Que sais-tu du malheur d’aimer
La sonnerie du téléphone sorti Thomas de l’intense concentration qu’il consacrait à son travail.
« Allo »
Son cœur manqua un battement, puis reparti comme un dératé.
Lucie.Il ne pu placer un mot. Comme à son habitude Lucie l’enveloppa d’un flots de parole.
Il s’y immergea se laissant emporter par le courant.
Serein, Heureux.
Elle lui disait… elle était en train de lui dire…« J’ai beaucoup réfléchi, tu sais. Je crois que tu a raison. On ne peut pas continuer comme ça.
Moi je ne peux pas vivre en t’attendant tout le temps. Et puis je ne veux pas te prendre à ta femme. On ne peut pas construire un bonheur sur le malheur des autres. Pense à tes enfants. Ils ont besoin de leur père et de leur mère.
C’était bien, tu sais nous, d’eux.
Il faut qu’on s’oublie
Adieu. »Thomas abasourdi, anéanti resta longtemps le téléphone à la main.
Lucie, sereine, raccrocha.
Le regard brillant, heureuse.
Euphorique de la folle nuit qu’elle venait de passer avec Philippe.Que sais-tu de la longue attente
Et ne vivre qu’à te nommer
Dieu toujours même et différente
Et de toi moi seul à blâmer
Que sais-tu du malheur d’aimerQue je m’oublie et je demeure
Comme le rameur sans ramer
Sais-tu ce qu’il est long qu’on meure
A s’écouter se consumer
Connais-tu le malheur d’aimer
(Aragon)