Sébastien était assis sur le perron de la maison.
Trois marches.
Son domaine.Le printemps illumine les massifs de fleurs des jardins, emplit le feuillage des arbres de pépiements joyeux.Il regarde les autres enfants jouer au ballon dans l’espace vert contigu à sa maison.
Il est assis là, tous les jours, solitaire.
Regardant avec envie, désirant participer.
Il ne peut pas.Les autres ne veulent pas.Avec sa jambe atrophié il se déplace difficilement. Alors courir. Même pas la peine d’y penser.Il avait 4 ans quand il fut infecté par la virus de la poliomyélite. Le diagnostic fut long à établir.
Bilan, une jambe presque morte, réduite à un ensemble d’os sans muscle, l’autre, a peine suffisante pour le porter.
A douze ans obligé de se déplacer dans un fauteuil qu’il détestait.
Alors, tant bien que mal, s’aidant d’une béquille, il avait établi son quartier général sur le devant de la maison.
Eté comme hivers, il venait s’y installer. Sa mère le forçant à rentrer quand le froid se faisait trop vif.Aucun des enfants du lotissement ne l’avait accepté. Refusant de lui parler ou de venir jouer avec lui.
Pourtant, il existait des jeux auxquels il pouvait participer.Les yeux plein de larmes, il détourna son regard.Assis à une dizaine de mètre,en bordure du terrain, un grand chien le fixait.Il y eu un long échange silencieux.Chien et enfant se noyant dans le regard de l’autre. Ne formant plus qu’un.Sébastien, le cœur bloqué, la bouche ouverte cherchant vainement une bouffée d’air, ne pouvait se détacher de ces yeux bienveillants.Au ralenti, comme dans un rêve, il le vit s’étirer, se relever. Un petit jappement accompagna la démarche nonchalante du chien chaloupant vers lui.C’est alors qu’il vit le chaton dans le sillage du chien, le suivant comme son ombre.- Arthur, Choupette.
- SébastienPrésentations pleine de simplicité.L’enfant et les animaux s’étaient compris.La mère de Sébastien jeta, à son habitude, un regard vers son fils.Sébastien, rayonnant, était assis sur le perron de la maison.
Un chaton lové sur les genoux.
Un grand Saint-Bernard assis à ses cotésSébastien parlait, parlait…Enfin il n’était plus seul.