Annie regarda brusquement Alex dans les yeux :
- je peux te poser une question indiscrète ?
- Euh oui, c’est quoi ?
- Tu me répond franchement. Si tu veux !
- Non vas-y.
Elle le fixa intensément, puis décidée :
- Tu es amoureux de moi ?
Alex , déstabilisé, la fixait incrédule.
- Pourquoi ?, c’est important ?
- C’est pas ce que je te demande. Es tu amoureux de moi ?
Alex ne savait plus que dire. Ses rapports avec Annie était amicaux, complice. Bien sur qu’il était amoureux d’elle. Qui ne le serait pas. Grande, fine, belle. Non pas belle, un charme de succube, une présence envoûtante. Si belle, charmante, à damner un saint. Alors un pauvre homme !- Tu sais…. l’amour…
Il s’empêtrait. Ne savait quoi dire.
Annie le regardait, amusée, un peu fautive. Elle l’aimait beaucoup. En ami. Mais il était toujours là. Prêt à répondre à toutes ses demandes. A l’aider à n’importe qu’elle heure.
Elle savait qu’elle pouvait compter sur lui. Il répondait toujours, désintéressé.
Sa dernière aventure amoureuse traînait en longueur. Elle se sentait piégé par un petit jeune idéaliste. Même qu’il voulait lui faire un enfant. Ridicule. Les deux siens lui suffisaient.
Elle sentait monter en elle une violente colère, qu’elle retournait injustement contre Alex.Pourquoi lui avait-elle posé cette question ?
Elle avait besoin de lui. Hier sans aucune hésitation, à 23h elle l’avait appelé. Il avait décroché à la première sonnerie. Comme s’il attendait.
Elle l’appelait tous les jours. Ne pouvait s’en passer.
Pourquoi s’en retournait-elle toujours vers lui ?
Il avait vingt ans de plus qu’elle. Gentil, mais physiquement désavantagé. La bouée de sauvetage qui enveloppait son embonpoint, détonait avec l’idée qu’elle se faisait de l’homme idéal.
Ils étaient assis sur un banc au bord de la mer. Le mistral s’était apaisé, comme satisfait d’avoir testé la solidité des palmiers nouvellement plantés.Il restait encore suffisamment de vent pour attirer un gabian joueur, immobile, suspendu comme par miracle dans les airs.
Seul le bout des rémiges et les mouvements de sa queue indiquaient qu’il volait.Ils le regardaient en silence, l’oiseau les surveillant du coin de l’œil.Alex réfléchissait, perplexe. Comment lui expliquer ?
Il se souvint des ses discutions d’ado.
Avec ses copains c’était de longues dissertations philosophiques.
L’amitié entre les garçons et les filles.
Possible ou utopie.
Une définition revenait souvent :
!L’amitié, c’est l’amour à qui on a coupé les ailesRécemment, il avait entendu une version modernisée sur une radio locale :
!L’amitié, c’est l’amour sans le sexe.. . . . . . . . . . . . .Annie pensait au petit poème qu’il lui avait envoyé :!B comme baiser
!Comme posé sur ta peau!Comme la douceur de ton sein, soyeux, aréolé de senteur de rose
!Comme la douceur de ta langue sur mes lèvres!Promesses de nuit sans fin
!Petit déjeuner à l'aube d'un nouveau jour
!Plaisir de te goûter, de te boire!Arôme de vie, toujours renouvelé.Alex avait dit qu’il l’avait écrit pour un petit concours blogeste.
Et soudain elle réalisa.Ensemble ils se retournèrent.Alex ouvrit la bouche.- Non, le coupa Annie, Attend, c’est idiot, ma question n’a aucun sens. Oubli là.Elle se leva brusquement.
Le gabian décampa avec un rire de reproche.Alex soulagé se dressa à son tour.- On se fait un resto ?Il partirent, bras dessus, bras dessous, dans le vent qui redoublait, heureux de leur amitié.