Pétarade des deux-roues, circulation intense, tapage nocturne des voisins, marteau piqueur dans la rue... Que ce soit en ville, à la maison ou au travail, le bruit est omniprésent dans notre vie quotidienne. En France, 7 millions de personnes (soit 12 % de la population) vivent dans des zones où l’intensité du bruit est excessive, notamment aux abords d’aéroports et d’aérodromes (on estime que 500 000 riverains sont concernés, dont 300 000 pour la seule Région Ile-de-France), en bordure de voies ferrées ou de routes à fort trafic. Démunis face à ces agressions sonores, les Français n’hésitent plus à porter plainte. « Les bruits de la circulation et de voisinage représentent la cause de l’essentiel des appels », note Thierry Ottaviani, président du Comité des victimes du bruit. D’autant que ces nuisances se répercutent insidieusement sur la santé : troubles du sommeil, augmentation du rythme cardiaque et de la tension artérielle, perte de concentration et de mémorisation, fatigue physique et nerveuse sont autant d’effets néfastes essentiellement attribués au bruit.

Danger à partir de 90 décibels

Celui-ci s’avère aussi dangereux pour nos oreilles. « Nous possédons à la naissance un capital auditif d’environ 15 000 cellules sensorielles, qui tapissent la cochlée, l’appareil de réception de l’oreille interne. Grâce à elles, nous captons la parole et reconnaissons les sons. Ces cellules sont très fragiles. Elles s’altèrent avec l’âge et, surtout, elles peuvent être détruites par les traumatismes sonores subis tout au long de la vie. Et tout ce qui est perdu l’est définitivement », explique Rémy Pujol, professeur à l’université de Montpellier I et animateur d’un pôle de recherche sur l’audition à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Sachez ainsi qu’un bruit devient dangereux pour l’oreille à partir de 90 décibels (dB), soit le niveau sonore d’un moteur à deux temps « trafiqué » ou d’un baladeur. De même, plus l’intensité et la durée d’exposition sont élevées, plus le risque d’endommager l’audition augmente. De ce fait, les bruits liés à la pratique de certains « loisirs » (discothèques, concerts, armes à feu, etc.) inquiètent particulièrement les spécialistes de l’audition. La musique amplifiée cause des dommages insidieux en faisant prématurément vieillir notre oreille. Les niveaux sonores dans les discothèques atteignent en moyenne les 100-110 dB tandis que ceux des concerts avoisinent les 120 dB, voire plus devant la scène ou à proximité des baffles. On en ressort souvent les oreilles bouchées ou « cotonneuses ». Ce phénomène, conséquence de la formation d’un œdème au niveau de l’oreille interne, est un premier signal d’alarme. Dans le meilleur des cas, on retrouve une audition normale après un temps de récupération. Au pire, ce bruit fort et prolongé entraîne des sifflements ou des bourdonnements (acouphènes) continus dans l’oreille. Dans tous les cas, la fréquentation régulière de ces ambiances rock ou techno peut conduire progressivement à une surdité irréversible. Une perte auditive dont on ne se rend vraiment compte que lorsque, des années plus tard, on ressent des difficultés à suivre normalement une conversation.

Des « vieux auditifs » dès 40 ans

Or, curieusement, aucune mise en garde n’informe les spectateurs des risques qu’ils courent. Les chiffres du secrétariat d’Etat à la Santé parlent pourtant d’eux-mêmes : 30 000 à 50 000 jeunes présentent déjà des altérations graves ou sévères du système auditif (perte d’audition, sifflements et bourdonnements...) Et l’avenir n’est pas radieux : les médecins s’attendent à ce que tous ceux qui sont exposés quotidiennement au bruit consultent plus tôt dans leur vie un spécialiste Orl. « La presbyacousie, une perte de l’audition due au vieillissement, commence habituellement après 70 ans, mais dans les générations futures on deviendra un “ vieux auditif ” dès 40 ans », prévient Rémy Pujol. On l’aura compris : il faut se protéger ! De simples bouchons d’oreille suffisent à atténuer les sons trop forts. Mieux, portez un casque lorsque vous pratiquez des activités particulièrement bruyantes (chasse, sports mécaniques, jardinage ou bricolage).
Les pouvoirs publics ont aussi un rôle à jouer dans la lutte contre le bruit. En 1992, une loi a été promulguée pour restreindre les nuisances sonores dues à la construction et à l’aménagement de routes et de voies ferrées nouvelles à proximité d’habitations. Mais cela ne suffit pas, et des initiatives fleurissent ça et là pour limiter les dégâts. Ainsi, l’année dernière, sous l’impulsion d’Ile-de-France Environnement, le conseil régional d’Ile-de-France a créé l’observatoire Bruitparif afin de se pencher sur les méfaits du bruit (stress, attention, sommeil...) En attendant, baissez les décibels !

25/05/2005

Sylvie Boistard

Comité des victimes du bruit, tél. 01 45 87 82 45 ou http://www.sos-bruit.com/
Le Dr Pujol a créé un site Internet http://www.cochlee.info/ et un CD-Rom pédagogique baptisé l’Oreille

Article publié dans le revue mutualiste Viva