Il gelait. Les perturbations climatiques n’expliquaient pas tout.

Pourquoi était-il dans l’armée ?
Engagez vous, rengagez vous, disaient-ils, vous verrez du pays.
Tu parles ! Il était sous les ordres d’un barjo. Un taré qui tuerait père et mère, tellement il avait peur des cocos.

Ce froid, ils avaient du la faire péter leur foutue bombe!

Et cet adjudant sur le retour ne leur laissait pas une minute en paix.
Il se racontait que dans sa jeunesse il s’était porté volontaire pour essayer le Famas en condition réelle.
Ca c’était passé au Tchad.
Un petit groupe de volontaire étaient allés titiller les rebelles du moment, et quand ceux ci réagirent, alors ils purent tirer à balle réelle.

Aussi fou que son grand-père qui, dans les années 80, avait attaqué à la chevrotine des chars allemands en manœuvres conjointes avec l’armée française.
Les chars en questions envahissant son village.

Il n’en pouvait plus. Grelottant, les dents jouant des castagnettes.
Interdiction de faire du feu.
Pas de boisson chaude, ni de gnole. Juste un peu d’eau glacée.
Le brouillard givrant s’étendait, enfermant les environs dans une lumière cotonneuse.

Il pensait à Marie. Leur dernière rencontre avait été houleuse. Elle lui reprochait son abandon. Il avait sincèrement cru qu’il pourrait mieux s’en sortir. Il n’en pouvait plus du chômage, du mal être qui l’accompagnait.
Quatre longues années sans travail.
La honte des démarches.
Le pointage traumatisant,
L’angoisse d’être radié.

Maintenant, avec d’autres paumés, perdu dans cette montagne. A l’abandon, sans nouvelles ni contact. Livré à eux-mêmes.

Autour de lui ils étaient tous endormis, paisiblement.
Il ne sentait plus le froid. Une grande paix intérieure chassait le froid et la crainte.
Il se laissa emporter par le sommeil.
Une dernière pensée se format.

Marie.