Elle était entrée dans la petite échoppe du vieil indien qui vend des cigarettes de l'autre côté de la route à l'endroit précis où commence la réserve juste en face du "diner" de banlieue où elle travaillait comme serveuse et c'est là qu'elle l'avait rencontré…

Et ça y est ! C’est parti !!!
Il était encore bon pour un film à l’eau de rose.

Méroflède ne vivait que dans cet univers. Elle s’appelait en réalité Simone, mais se piquant de médiéval, elle avait trouvé ce prénom dans le livre d’un historien. Méroflède avait été l’épouse momentanée d’un obscur roi mérovingien du nom de Charibert.

C’est vrai que Simone ça ne lui allait pas du tout. Ca faisait boulotte sur le retour.
Lui aurait plutôt choisi un prénom comme Aline.
Elle était assez grande, mince et souple, une silhouette à damner un saint, avec juste assez de seins pour harmoniser le tout.
Il était resté sans voix le jour de leur rencontre, et n’avait plus qu’une chose en tête : il la lui fallait.
Il ne pouvait pas laisser passer une telle occasion. Une fille pareille c’est le couronnement d’une carrière de dragueur forcené.

Maintenant il était là, comme un c…, à regarder un film débile en affirmant avec conviction qu’il le trouvait charmant.
En plus malgré une cour des plus assidus depuis deux semaines, il n’avait pas encore pu la traîner au lit. On aurait dit qu’elle faisait une allergie. Chaque fois qu’il l’embrassait, elle acceptait bien que ses mains furètent sous son pull, mais refusait obstinément d’aller s’allonger.

Et quand, n’en pouvant plus, il se sentait prêt à la laisser choir, il retombait sous le charme de son regard.

Abandonné au fond du canapé, broyant du noir, il se tourna machinalement vers la fille. Un œil amusé le regardait. Un immense éclat de rire suivit. Abasourdi il se redressa.
Roulée en boule sur le canapé, elle avait du mal à contenir son fou rire. Manifestement elle se moquait de lui.

Quand elle repris son sérieux, le visage inondés de larmes, elle hoqueta quelques mots avant de repartir de plus belle.

Ce ne fut que plus tard, au resto, qu’il avait eu le fin mot de l’histoire.
Sylvie, puisque c’était son nom, avait été mise au courant de ses dons de coureur par Anne, une amie commune. Elle lui avait donc monté ce bateau.
Il avait beau être beau garçon, ce n’était pas son style. On en resterait donc là.

Ramassant son sac, elle sortie avec un vague adieu du bout des doigts.
Il resta seul, dépité, avec l’addition à payer.