Mais tout idyllique que pût être cette vie, elle n’échappait pas aux événements tragiques qui se déroulaient dans le pays. Les autochtones, lassés d’être traité en citoyens de seconde zone dans ce département français, s’étaient rebellés, prenant les armes pour conquérir leur liberté, comme ils avaient combattu pour libérer celle qu’ils avaient cru être leur patrie. Les premières manifestations visibles furent, pour Jean-Marie, ces groupes d’enfants algériens scandant sur l’air des lampions : Algérie algérienne.
Assez vite arrivèrent les insultes racistes. Si celles des petits algériens restèrent assez acceptable, les enfants pieds-noirs furent beaucoup plus haineux. Seul français métropolitain, Jean-Marie eut à subir le mépris et la haine violente exprimé par ses condisciples français d’Algérie.

Les attentats commencèrent à se développer. Celui du Casino de la Corniche un dimanche après-midi traumatisa la population. Ce fut un carnage épouvantable. Des corps déchiquetés, éparpillés dans la salle. Paul y échappa par miracle. Il aurait dû être de service ce jour là. Sa place favorite étant derrière le rideau, au bord de la scène, il aurait été juste au-dessus de la bombe.

Paul se porta volontaire pour les services de déminage. Confiant en sa baraka, il fut amené à traverser toute la ville en jeep, une grenade dégoupillée et non explosé à la main, pour la détruire en toute sécurité sur le terrain approprié.

Les fenêtres des transports en commun étaient grillagées contre les lancers de grenades. La population en effervescence manifestait ses prétentions. Concert de casseroles répondant aux youyous.

La nuit commença à résonner des explosions de plastic. S’il n’y en eut peu au début, rapidement le nombre augmenta. Chaque nuit plusieurs dizaines d’explosions retentissaient. Le matin montrait souvent le rideau de fer des magasins déchiqueté.

Des cadavres dans la rue, un soir en rentrant de chez des amis. C’est encore la chance insolente de Paul au monopoly qui, en retardant leur départ, leur évita de se retrouver au milieux de la fusillade.

C’est alors qu’arrivèrent les lettres de menaces de mort de l’OAS.