Dans un premier temps, ces lettres ne semblèrent n’avoir aucune incidence. Jean-Marie remarqua bien quelques changements dans le comportement de ses parents, mais rien de bien précis. Par curiosité, il alla quand même regarder dans l’armoire de ses parents, là où son père rangeait son arme de service. Arme qu’il avait, fasciné, plusieurs fois pris dans ses mains.
C’est ainsi qu’il prit connaissance des menaces qui pesaient sur ses parents. Ce n’est que quelques jours plus tard, après une de ses algarades avec sa mère, que celle-ci, à bout d’arguments, lui mit sous les yeux le courrier de l’OAS.
Géné, il se garda bien de lui dire qu’il était au courant.

Tous les jours, Jean-Marie remontait la rue pour se rendre au Cours Complémentaire. Le tramway jusqu’au cinéma, puis le car. C’est ainsi, qu’un matin il s’entendit interpellé. Un garçon de son age, l’air assez sérieux, lui demanda, en le vouvoyant, s’il se rendait à la Pointe Pescade. Il s’appelait René et venait d’emménager dans sa rue. Ce fut le début d’une longue amitié. A partir de ce jour la vie fut différente pour Jean-Marie. Dans l’hostilité ambiante, il avait quelqu’un avec qui il se sentait bien. La mère de René ouvrit une mercerie, mitoyenne du bar qui servait de quartier général à Paul. Ce fut une blessure qui dura longtemps quand les évènements les séparèrent.
Le danger devint de plus en plus grand pour Paul et Marie. C’est alors que commença une longue d’errance.
Ils furent obligés de se cacher. Chaque nuit, ils dormaient dans une maison différente. Des consignes rigoureuses furent données à Jean-Marie: ne parler à quiconque des lieux où ils allaient passer la nuit. Pas de confidences. Pas de paroles risquant de parvenir à des oreilles malveillantes.

Un quarteron de généraux fascistes venait de se rebeller contre la république et de prendre le pouvoir à Alger.

Jean-Marie reçut instruction de sa mère de demander un certificat de scolarité. Puis Marie lui dit en confidence qu’ils allaient le lendemain prendre le bateau pour rentrer en France, et qu’il ne devait en parler à personne. Ils fuyaient pour sauver leurs vies, mais Paul avait interdiction de quitter le territoire algérien. Les autorités françaises, n’ayant aucune confiance dans les « Français d’Algérie » membres des forces de polices, les rapatriaient en urgence, sacrifiants les français métropolitains.
Même si eux et leurs familles étaient menacés par ces salopards de l’OAS.

C’est ainsi, qu’en urgence, ils prirent le bateau. Mais l’OAS, ne lâchant pas prise, les menaçait encore.

C’est la dernière fois que Jean-Marie vit son père vivant.