« Bonjour, Monsieur, excusez-moi. »

Je me retourne et découvre une jeune femme. Jeune cinquantaine, grande et mince silhouette, longs cheveux auburn lui retombant sur les épaules en douces arabesques.
Un peu le genre de femme qui me plait, c’est évident.

« Oui ? Bonjour, Madame »

« Monsieur, excusez- moi, mais j’ai vu à votre numéro que vous étiez du Var, vous ne seriez pas de la côte par hasard ? Du côté de Toulon ? »

Surpris, je lui répondis qu’effectivement je résidais dans ce coin-là.

« Voilà, écoutez, je suis bien embêtée… »

Elle était hésitante, gênée.

« - Mon compagnon vient de me jeter dehors. Il m’a abandonné ici. On était en vacances. Il m’a jeté mon sac. Il m’a dit que j’avais qu’à me débrouiller, qu’il ne voulait plus de moi.

- Je compatis, Madame, mais je ne vois pas trop ce que je peux faire pour vous.

- Ben, si ça ne vous dérangeait pas trop, vous pourriez peut être me ramener à Toulon ?

-Ce serait avec plaisir, mais je ne rentre pas immédiatement. J’ai encore un peu de temps Je reste dans les Cévennes jusqu’à dimanche. Je suis désolé.

-Vous pouvez peut-être m’emmener, je vous indemniserai.

-Le problème n’est pas là, mais comme vous pouvez le constater, mon camping-car est tout petit et je ne dispose que d’un seul couchage. Je ne vois pas comment je pourrai vous héberger ?

- Attendez, ne vous inquiétez pas.

- Mais, je n’ai aucune possibilité de vous faire dormir.

- Mais si, je pourrai dormir sur le siége passager ! »

Ses grands yeux se remplirent de larmes. Sa tête tomba, ses épaules secouées de violents soubresauts. Je l’appuyais sur ma poitrine, la berçant comme un enfant.

Je venais de m’engager dans une situation dont j’ignorai quelle pourrait en être la conclusion.
Elle était de bonne compagnie, appréciant la ballade et s’extasiant devant le paysage cévenol.

La soirée fut agréable. Décemment je ne pouvais la laisser dormir sur un siège et je ne me voyais pas y passer la nuit.

Finalement la décision fut prise d’utiliser l’unique couche. Elle dans les draps, moi dessus enroulé dans une couverture.

C’est petit un lit d’un mètre vingt de large.

Après un petit moment, la gêne de la situation s’évanoui. Il faisait assez doux, nous étions sur une crête entourée de châtaigner.

Tassé dans mon coin, je tournais mon regard vers elle. Elle était couchée à plat, légèrement tourné vers moi.
Je ne sais pas comment, nos mains se rencontrèrent. D’un même élan, timidement, du bout des doigts, nous nous sommes accrochés.
Doucement la main de chacun remonta le long du bras,

De l’épaule,

Du visage.

Elle pleurait.

Je ne savais trop quoi faire.

Brutalement elle vint se coller à moi.

« Prenez-moi dans vos bras. Serrez-moi fort… Très fort. »

Elle resta un long moment, immobile.
Un bras posé sous sa tête serrée contre ma poitrine. Mon autre bras posé sur sa taille la main le long de son dos. Ses jambes se glissèrent entre les miennes.

Elle se calma.

Alors que je retirais mon bras, elle m’arrêta.

« Non, reste s’il te plaît. »

Je posais ma main sur sa peau à hauteur de la taille. Elle était douce comme du velours, limpide.
Lentement je remontais ma main le long de son dos.
Je la sentis frémir,

Vibrer

Se détendre.

En douceur elle releva la tête,

Me regarda droit dans les yeux,

Ses lèvres se posèrent sur les miennes.

Ma main glissa sur son ventre, frissonna sur un sein menu, la paume de ma main enivrée par son tétin.

Nos caresses, légères et insistantes, enflammaient nos corps et nos âmes.

La saveur de sa peau me transporta…

Son corps flexible et nerveux…

La…



Comme un bourdonnement, la lumière matinale vibrait à travers les rideaux. Encore chaud de sommeil, j’étendis ma main vers la sienne

Rien

Pensant qu’elle venait de se lever, je m’assis dans le lit

Rien

Incrédule, cherchant en vain dans ce petit espace, je ne vis aucune présence autre que la mienne.

J’avais rêvé, désespérément rêvé.

La solitude commençait à me jouer des tours.