Elle avait quitté Roanne de bonne heure, traversant villes et villages du massif central sans encombre. Elle ne savait pas trop pourquoi elle avait quitté Hugo au petit matin, faisant attention à ne pas le réveiller. Sans un mots, sans une explication, jetant ses vêtement en vrac dans un sac, elle avait pris la route. Elle avait bu un café dans un petit bar de village. La tenancière le lui servi dans la cuisine, il était encore trop tôt pour que la salle soit ouverte. La cuisine sentait le feu de bois, et le ragoût qui mijotait dans la cheminée lui mit l’eau à la bouche.

Il fallait traverser un petit-bois pour attendre la plage. L’océan, sans entrave, ondoyait devant elle. Au loin, paresseusement, le soleil hésitait à se coucher, feu d’artifice de fin de règne, sanglantes ondes rosissant l’horizon.

Ils se connaissaient depuis des années. Amis longtemps, amants depuis peu, elle se sentait angoissée. Incapable de savoir si elle pourrait gérer cet amour naissant. Leur amitié complice qui dérapait la perturbait. Au fond d’elle-même elle était très heureuse, comblée et prête à s’abandonner. Elle refusait de le perdre. Il avait été un ami précieux tout au long de ces années. Une épaule secourable une écoute toujours attentive, des avis plein de bon sens et de droitures.

Noir et blanc, râblu, une courte queue, c’était un huîtrier pie. Il lui rappelait la Norvège, elle en avait vu des centaines.
Eliane s’assit sur le sable, se laissant couler dans le soleil couchant.
L’oiseau est parti.
La plage, long serpent de sable entre mer et forêt, comme abandonnée par un amant distrait, assoupie dans le soir tranquille, lisse les pensées vagabondes de la jeune femme.

Dans le crépuscule finissant, son téléphone à la main, Eliane pianote son numéro.

« Hugo, je t ‘aime »