Il y a quelques années, au cours d’une cure, il fut de bon ton, dixit le toubib directeur de l’établissement, de passer quelques séances avec la psy qu’il rémunérait avec parcimonie.
Ne sachant pas trop quoi lui raconter, je parlais de ma jeunesse. Et c’est là, alors que je dissertais sur mes relations avec un copain, pontifiant, elle cru qu’il représentait mon père. Surpris, je protestais qu’il était trop jeune pour ça, « alors votre grand frère » proposa-t-elle. J’ouvris la bouche pour protester, mais en restais là. Insidieusement cette comparaison s’insinua dans mon esprit, envahissant petit à petit toutes mes cellules, chaude comme une soirée de printemps.
Je ne pus qu’acquiescer, c’était mon grand frère.

Plus tard, je me rendis compte qu’effectivement, sans que ce soit négatif envers parents et fratrie, j’avais rencontré des personnes qui avaient été des parents de substitution.

Le premier fut mon beau-père.
Un grand lettré, engagé très jeune dans la défense de « la lengo nostro » et de la culture provençale. Tambourinaire, il jouait, les soirs de noël, l’aubade au Père Noël pour le faire venir, suivi par la ribambelle de ses petits-enfants.
Dissemblables nous étions, mais profondément rapproché par le besoin culturel.
Discutions et échanges furent nos relations.

La seconde fut la mère de ma compagne.
Toujours souriante, dotée d’un grand humour, complice de sa fille en situation difficile, elle m’accueillit simplement avec affectivité et naturel. Notre complicité s’affirma autour de livres policiers qui la passionnaient, et que je lui fournissais à rythme soutenu.

La troisième est arrivée insidieusement.
Au fil du temps, un lien tenu s’est renforcé sans que nous ne nous en rendions compte, jusqu’au moment où nous primes conscience de notre fraternité.

J’ai grandi, vieilli. Etrangement, c’est moi maintenant qui suis dans la position du parent de substitution. C’est ainsi que j’ai été choisi comme tel par une grande amie.
Dans sa quête de la vie,je suis devenu celui vers qui elle se tourne, en confiance, filialement.