Ils occupent un petit guéridon dans le coin le plus sombre du bar.
La jeune femme le dévore des yeux.
Lui, en silence, verse une dosette de lait dans son café.
Lentement il rajoute une cuillerée de sucre.
Avec douceur il repose la tasse vidée.
Sans un mot, il allume une cigarette,
Adroitement il fait des ronds avec la fumée.
Il écrase sa cigarette dans le cendrier par dessus les cendres déposées.
Toujours sans un mot, sans un regard pour sa compagne,
Il se lève et se coiffe de son chapeau à large bord.
Endosse son imperméable,
Silencieux, adiaphore, il sort,
Indifférent à la pluie qui crachine.
La femme avance les mains comme pour le saisir
Sa tête, comme un chêne abattu par la foudre, s’effondre dans ses mains vides.
Les larmes ruissèlent entre ses doigts.

Chaviré, je repose ma tasse sur le comptoir.
Jette de la monnaie à coté,
Et sort dans le petit matin brumeux.