Blogue de Zub

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Travaux matinaux

Le zodiac avance avec prudence sur la mer sombre. Il fait encore nuit. La température n’est pas très haute en ce petit matin de juillet dans l’Atlantique nord ouest.
Il y a une demi-heure qu’un homme d’équipage est venu me secouer.
« Eh ! réveille-toi. Il faut que tu ailles sur l’autre bateau, ils ont quelque chose en panne ! »

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En guise d'épilogue.

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4 juin 1923 Voiron (Isère)
2 janvier 1962 Saint Eugène (Alger)

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Croix de guerre 39-45, Etoile de bronze (Citation à l'ordre du régiment)
Croix de combattant volontaire de la Résistance
Croix de combattant volontaire 39-45
Medaille commémorative de service volontaire de la France Libre
Médaille commémorative de la guerre 35-45, Engagé volontaire, Libération
Croix du combattant
Médaille commémorative campagne d'Italie
Médaille commémorative opération de sécurité et de maintient de l'ordre, Algérie

A titre postume
Croix de la valeur militaire, Etoile de bronze
Médaille d'honneur de la Police

Il a droit à la mention "Mort pour la France"

Ses enfants sont Pupilles de la Nation.

2 Janvier 1962

Midi, Paul dans la cuisine se prépare à manger.
Cela fait deux mois que Marie et les enfants sont en sécurité en France. Marie et Jean-Marie chez la sœur aînée, Roselyne chez une autre sœur.

Paul s’est enfermé dans la maison. Son arme est posée sur la table de la salle à manger, la porte d’entrée correctement verrouillée.

Par la fenêtre de la cuisine un de ses amis l’interpelle. Paul est content de le voir. Il vit en solitaire, une figure amie est la bienvenue. Un saladier à la main, il se dirige vers la porte...

Le saladier explose avec fracas sur le sol.
La première balle l’atteint à travers le rideau.
Il recule, se dirige vers son arme, les assassins continuent à tirer. En désespoir de cause il rentre dans la cuisine, s’effondre, essaye de se cacher sous la paillasse.

C’est là qu’ils l’achèvent.

En fuite

Dans un premier temps, ces lettres ne semblèrent n’avoir aucune incidence. Jean-Marie remarqua bien quelques changements dans le comportement de ses parents, mais rien de bien précis. Par curiosité, il alla quand même regarder dans l’armoire de ses parents, là où son père rangeait son arme de service. Arme qu’il avait, fasciné, plusieurs fois pris dans ses mains.
C’est ainsi qu’il prit connaissance des menaces qui pesaient sur ses parents. Ce n’est que quelques jours plus tard, après une de ses algarades avec sa mère, que celle-ci, à bout d’arguments, lui mit sous les yeux le courrier de l’OAS.
Géné, il se garda bien de lui dire qu’il était au courant.

Tous les jours, Jean-Marie remontait la rue pour se rendre au Cours Complémentaire. Le tramway jusqu’au cinéma, puis le car. C’est ainsi, qu’un matin il s’entendit interpellé. Un garçon de son age, l’air assez sérieux, lui demanda, en le vouvoyant, s’il se rendait à la Pointe Pescade. Il s’appelait René et venait d’emménager dans sa rue. Ce fut le début d’une longue amitié. A partir de ce jour la vie fut différente pour Jean-Marie. Dans l’hostilité ambiante, il avait quelqu’un avec qui il se sentait bien. La mère de René ouvrit une mercerie, mitoyenne du bar qui servait de quartier général à Paul. Ce fut une blessure qui dura longtemps quand les évènements les séparèrent.
Le danger devint de plus en plus grand pour Paul et Marie. C’est alors que commença une longue d’errance.
Ils furent obligés de se cacher. Chaque nuit, ils dormaient dans une maison différente. Des consignes rigoureuses furent données à Jean-Marie: ne parler à quiconque des lieux où ils allaient passer la nuit. Pas de confidences. Pas de paroles risquant de parvenir à des oreilles malveillantes.

Un quarteron de généraux fascistes venait de se rebeller contre la république et de prendre le pouvoir à Alger.

Jean-Marie reçut instruction de sa mère de demander un certificat de scolarité. Puis Marie lui dit en confidence qu’ils allaient le lendemain prendre le bateau pour rentrer en France, et qu’il ne devait en parler à personne. Ils fuyaient pour sauver leurs vies, mais Paul avait interdiction de quitter le territoire algérien. Les autorités françaises, n’ayant aucune confiance dans les « Français d’Algérie » membres des forces de polices, les rapatriaient en urgence, sacrifiants les français métropolitains.
Même si eux et leurs familles étaient menacés par ces salopards de l’OAS.

C’est ainsi, qu’en urgence, ils prirent le bateau. Mais l’OAS, ne lâchant pas prise, les menaçait encore.

C’est la dernière fois que Jean-Marie vit son père vivant.

Evènements

Mais tout idyllique que pût être cette vie, elle n’échappait pas aux événements tragiques qui se déroulaient dans le pays. Les autochtones, lassés d’être traité en citoyens de seconde zone dans ce département français, s’étaient rebellés, prenant les armes pour conquérir leur liberté, comme ils avaient combattu pour libérer celle qu’ils avaient cru être leur patrie. Les premières manifestations visibles furent, pour Jean-Marie, ces groupes d’enfants algériens scandant sur l’air des lampions : Algérie algérienne.
Assez vite arrivèrent les insultes racistes. Si celles des petits algériens restèrent assez acceptable, les enfants pieds-noirs furent beaucoup plus haineux. Seul français métropolitain, Jean-Marie eut à subir le mépris et la haine violente exprimé par ses condisciples français d’Algérie.

Les attentats commencèrent à se développer. Celui du Casino de la Corniche un dimanche après-midi traumatisa la population. Ce fut un carnage épouvantable. Des corps déchiquetés, éparpillés dans la salle. Paul y échappa par miracle. Il aurait dû être de service ce jour là. Sa place favorite étant derrière le rideau, au bord de la scène, il aurait été juste au-dessus de la bombe.

Paul se porta volontaire pour les services de déminage. Confiant en sa baraka, il fut amené à traverser toute la ville en jeep, une grenade dégoupillée et non explosé à la main, pour la détruire en toute sécurité sur le terrain approprié.

Les fenêtres des transports en commun étaient grillagées contre les lancers de grenades. La population en effervescence manifestait ses prétentions. Concert de casseroles répondant aux youyous.

La nuit commença à résonner des explosions de plastic. S’il n’y en eut peu au début, rapidement le nombre augmenta. Chaque nuit plusieurs dizaines d’explosions retentissaient. Le matin montrait souvent le rideau de fer des magasins déchiqueté.

Des cadavres dans la rue, un soir en rentrant de chez des amis. C’est encore la chance insolente de Paul au monopoly qui, en retardant leur départ, leur évita de se retrouver au milieux de la fusillade.

C’est alors qu’arrivèrent les lettres de menaces de mort de l’OAS.

Religiosité

Marie avait des idées bien arrêtées sur ce que devait être sa vie. En ce qui concernait la vie spirituelle c’était très simple : catholique pratiquant. Pas de discutions possible. Mais qui aurait discuté avec elle ? Paul ? lui ne sentait pas concerné, il était hors de question qu’il mette les pieds à l’église. A part peut être pour la messe de minuit ! Et encore !!!

Les enfants n’eurent pas voix au chapitre. Catéchisme et messe dominicales rythmèrent leurs semaines. Jean-Marie, n’ayant aucune autre référence accepta sans problème cette situation. Allant au catéchisme le mercredi après-midi, suivit, dans la cour de l’église, d’une partie de foot qu’il était bien obligé d’accepter à cause des copains.

C’est ainsi, que tous les dimanches matin les trouvaient briqués, astiqués, brillants comme un sou neuf sur le chemin de l’église. Jean-Marie garda longtemps cette habitude de se saper le dimanche, alors qu’il avait violemment rompu avec la religion.

Mais, puissance maternelle aidant, était arrivé le jour de la communion solennelle.

Préparation et répétition se succédaient à la cure et dans l’église. Les curés se démenant avec force cris pour faire rentrer dans les têtes juvéniles et retorses le rituel estimé indispensable, mais jamais réussi.

Le grand jour arriva enfin. Rien ne manquait.

Le costume croisé, le brassard, le cierge, la pochette et la croix, le missel, la dentelle et le chapelet.

Le brassard Le cierge

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Et bien entendu le photographe officiel.

Vacances, fêtes et convivialité.

Dans cette vie tranquille les vacances arrivaient à l’improviste, ponctuant le temps de périodes sans école.
L’activité principale se résumait en bains de mer à répétition.
Il y eu aussi les grandes vacances passées en France.

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Voiture et pique-nique

A cette époque il était rare de posséder une automobile. Jean-Marie avait un jour eut la chance de pouvoir faire un tour en voiture. Drôle de véhicule d’ailleurs qui n’avait que deux places à l’intérieur de la carrosserie. Les passagers supplémentaires voyageant dans un coffre prévu pour cet usage. Ce n’est que bien des années plus tard qu’il sût que c’était certainement une Traction Avant Citroën modèle « 11 légère ».

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Tranche de vie (3): 25bis rue Carnot

Une longue rue tranquille, la rue Carnot, les menait après un coude rapide en son milieu, sur la rue principale. Sur la gauche la rue surplombait un ravin relativement profond. Le dégagement sur la droite abritait une petite cahute. C’était un débit de tabac à l’enseigne énigmatique : Civette du Ravin.

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Tranche de vie (2)

Jean-Marie retourna à l’école. On y accédait par un grand portail en fer donnant directement dans une cour rectangulaire. Sur la gauche les deux classes des garçons ; à droite les classes des filles ; le tout surmonté d’un étage : le logement des instituteurs.

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