Lucien senti que ça allait encore être pour sa pomme.
Décidément ce n’était pas sa période de chance.
Adeline n’arrêtait pas de l’engueuler pour un oui pour un non. Au boulot il avait son abruti de chef sur le dos en permanence. A la prochaine compression d’effectif, il était bon comme la romaine.
Sa voiture en panne, obligé de prendre le bus. Mais suite à une agression d’un des leurs, ils était en grève depuis huit jours. Alors marche à pied, deux heures aller, deux heures retour. Il avait déjà failli se faire écraser une bonne dizaine de fois.
Et maintenant, dans la seule boulangerie ouverte au mois d’août, il était le dernier arrivé.
Il allait encore avoir à subir la ire de sa compagne.

En plus c’était de sa faute. C’est lui qui avait insisté pour faire des crostini.
Tranches de pain légèrement grillées, frottées à l’ail, une tranchette de jambon, une couche de tomates fraîches concassées, sel, poivre, parmesan et origan. Un filet d'huile d'olive. Passés au grill.
Dégusté avec un petit rosé bien sec. Un régal.

Ce matin, il avait oublié d’acheter le pain. Le boulot l’avait submergé sans même qu’il puisse prendre sa pause méridienne . Alors qu’il se préparait à partir à dix-huit heures, le grand patron était venu lui demander, comme un grand service, de bien vouloir s’occuper du dossier Marchesino. Le client était tout d’un coup devenu impatient. Alors que ça faisait des mois qu’il tergiversait.

Les client étaient tous parti. Tout à sa réflexion il n’avait pas entendu les grognements d’insatisfactions de ceux qui partaient les mains vides.

La boulangère le regardait avec un grand sourire

« Alors Monsieur Lucien, toujours dans la lune ? Heureusement que vous avez une brave femme. Tenez, comme elle a pensait que vous arriveriez tard, elle passé commande dans l’après-midi. »

Elle lui glissa dans les mains quatre baguettes soigneusement emballées.

Il sorti de la boulangerie encore abasourdi.
La malchance serait elle en train de tourner ?